cycles de vie

J’étais en rituel avec un magnifique groupe de femmes, reliées les unes aux autres par un chant sous le soleil estival, lorsque mon plus jeune fils est arrivé en courant par le petit sentier. Sous leur regard charmé et bienveillant des femmes, il est entré dans le cercle discrètement et est venu se placer près de moi. Je l’ai pris dans mes bras en continuant de chanter, et dans sa façon de se blottir, j’ai compris que quelque chose n’allait pas.

Le rituel s’est poursuivi et entre deux moments forts il a pris une inspiration et m’a soufflé « Je suis triste. Je crois que Grigri est morte. » Toute à ma reliance, je n’ai pas tout de suite compris qui était Grigri… il faut dire que ce n’est pas moi qui choisie le nom des poules! Je l’ai serré plus fort dans mes bras en lui disant que nous allions aller voir bientôt. Le rituel s’est achevé doucement. Chacune s’est dispersée retournant à sa vie.

J’ai pris le chemin de la maison, gagné le poulailler et découvert Grigri, recroquevillée, tous yeux ouverts, bel et bien morte. Sa vie était achevée. Mon fils savait ce qui allait s’ensuivre. Grigri serait amenée à l’arbre à poules. L’arbre à poules existe depuis que nous avons construit notre premier poulailler. En fait depuis le jour où un des enfants a laissé la porte ouverte et qu’une des chiennes y est entrée, attrapant un volatile au passage. Il avait été bien désolé et bien attristé et la question de ce que nous allions faire avec cette poule tant aimée à moitié dévorée s’est posée. La question de la responsabilité aussi s’était pointée. Est-ce que c’était de sa faute? Était-il coupable? Que pouvait-il faire pour se faire pardonner? Il a été décidé que la poule ne serait pas mise à la poubelle, mais bien déposée au pied d’un arbre dans la forêt en gage de respect. Et qu’au moins, sa chair offrirait un repas à un coyote de passage ou peut-être à la renarde que nous voyions de temps à autre, ce qui lui permettrait d’avoir davantage de lait pour nourrir ses petits. La mort faisait sens doucement, s’inscrivait dans un cycle, une continuité. Ainsi mon garçon s’était saisi de cet animal lourd, raide et froid enveloppé de paille et avait marché courageusement dans la forêt, apprivoisant doucement la désagréable sensation d’un corps quitté par la vie. À ce moment, c’était important pour moi de ne pas « faire à sa place », mais qu’il soit au cœur du processus qu’il avait lui-même induit.

Ainsi nous avons repris le chemin de cet Arbre à poules qui au fil des années en a accueilli plusieurs. J’ai déposé la poule, sur laquelle mon tout petit a souhaité déposer une fleur qu’il avait cueillie en route. Nous avons remercié la poule pour sa présence, le plaisir de l’avoir eu avec nous et tous les bons œufs qu’elle nous a offerts. Ce fut l’occasion de se souvenir de toutes les autres poules, de leurs mésaventures, de leurs couleurs, du bonheur que nous apporte ce poulailler. Avant de partir, nous avons jeté un dernier coup d’œil à ce petit monticule de paille déposé au pied d’une épinette et surmonté d’une fleur sauvage. C’était beau. Doucement, la mort s’apprivoisait, prenait une autre allure, en même temps que le cœur de mon garçon s’allégeait.

Puis nous sommes retournés voir les autres poules, les nourrir, les abreuver, les cajoler et finalement découvrir que l’une d’entre elles… était en train de couver! Cachée dans un coin, elle avait rapatrié 5 œufs, bruns, blancs et bleus sous ses ailes. Dans 21 jours, une trâlée de petits poussins allaient éclore, apportant la magie, le ravissement propre aux naissances!

En rentrant à la maison du haut de ses 6 ans mon fils m’a dit : « Aujourd’hui, Grigri est morte, parce qu’elle était vieille et en même temps Mille fleurs veille ses bébés… c’est la vie! On est chanceux, hein?!»

À ce moment, j’ai été émue, fière, heureuse d’avoir établi tous ces rituels pour mes enfants. J’ai réalisé qu’avec l’arbre à poule, mon fils savait à quoi s’en tenir, il savait ce qui allait arriver à Grigri et en soi c’était déjà très réconfortant. Le fait de pouvoir poser des gestes concrets l’a aidé à vivre sa peine, à cheminer, à la laisser passer, puis finalement faire confiance de nouveau à la vie. Certes, il s’agissait de Grigri une vieille poule et non d’une grand-mère ou d’un petit frère. Mais lorsque le cycle de la vie est apprivoisé, fais sens, il peut devenir un peu plus facile à accueillir et soutenir.

Vingt et un jours plus tard, Mille fleurs se levait de son nid et nous laissait admirer 3 petits poussins. Un autre était mort, deux n’avaient pas réussi à sortir de leur coquille et un œuf était clair. Le cycle: vie-mort-vie, se perpétrait et les petits poussins vivants piaillaient et gigotaient de tous les côtés.

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Laetitia Toanen
Laetitia Toanen est mère de 3 enfants et d’une petite étoile. Femme dévouée, accompagnante, elle fait l’école à la maison depuis 10 ans et est l’auteur de différents livres, articles, ateliers et conférences traitant de l’adoption, du maternage, de la vie de mère et des rituels au fil de la vie. Passionnée par les cultures ancestrales, elle s’intéresse depuis longtemps au lien qui unit l’homme à la Terre ainsi qu’aux différentes relations qu’entretiennent les femmes entre elles, de par le monde. Soucieuse d’offrir aux femmes d’ici, un espace d’intimité pour renouer avec leur créativité, leur fertilité et leur féminité elle propose différents rituels autour des tentes rouges, bâtons de lune, lune noire, blessing way et première lune afin de célébrer la nature cyclique de celle-ci. C’est l’occasion de cercle de paroles remarquables, d’activités uniques pour se connecter à soi-même et découvrir la sérénité d’appartenir à un clan. Vous pouvez la retrouver sur son blogue Rebelle des bois ou sur Chemins de traverse pour les rituels.

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