retraite de yoga

Des retraites, j’en avais déjà expérimenté deux types. D’abord une retraite de bien-être au Monastère des Augustines où c’était probablement la première fois de ma vie de mère que je me retrouvais seule face à moi-même. Avec aucune tâche à accomplir. Aucune demande. Aucun pleur. La seule personne dont je devais prendre soin, c’était moi. J’avais aussi fait une retraite d’écriture pour avancer un projet de pièce de théâtre. Mais une retraite de yoga, je n’avais jamais tenté l’expérience. Bien que je sois inscrite à un cours de yoga que je pratique une fois par semaine, je ne savais pas trop comment j’apprécierais une fin de semaine entièrement dédiée à cette pratique. J’avais quelques fois vu passer des publicités de retraites de yoga, mais je ne me considérais pas « assez » pratiquante pour m’y inscrire.

Puis, j’ai vécu récemment un tourbillon. Tout allait trop vite. Dans tout plein de sphères de ma vie. Je n’avais plus le temps de réfléchir et je me sentais m’éloigner de plus en plus de moi… de mon centre.

Alors que je me rendais compte que ma tête et mon cœur étaient en train de faire leur chemin en sens opposés, j’ai vu cette annonce de retraite à la forêt Montmorency organisée par Soham Yoga Bis et je me suis sentie interpellée. C’est ce dont j’avais besoin… exactement, au bon moment.

Jour 1- vendredi
Inscrite un peu à la dernière minute, on m’a acceptée à bras ouverts. En terminant de travailler ce vendredi-là, j’avais l’impression de laisser s’échapper derrière moi les pensées négatives et les poids sur mes épaules à mesure que je parcourais les kilomètres qui séparaient la ville de Québec et la forêt Montmorency.

En empruntant le petit chemin de terre, déjà, je me sentais apaisée. En garant ma voiture alors que le ciel se voilait et laissait entrevoir une pluie de percées scintillantes, j’ai poussé un long soupir. J’évacuais tout ce stress qui s’était accumulé au fil des semaines tant au niveau du travail, de mes responsabilités, que des embûches face à ma nouvelle vie de mère célibataire.

J’ai empoigné mon tapis de yoga, confiante, et je suis entrée à l’intérieur du pavillon principal. J’avais un petit deux heures de retard sur l’horaire officiel, mais on m’avait assuré qu’il n’y avait aucun problème, que l’oncomprenait très bien les réalités du trafic et du monde du travail!

J’ai poussé la porte du petit local et comme si tout s’était parfaitement aligné, j’arrivais alors que le tout premier cours s’apprêtait à commencer. On m’a accueillie de plusieurs sourires et j’ai pu m’allonger sur mon tapis.

Tout de suite, j’ai été charmée par le ton de voix de Catherine, doux, calme, reposant. La première séance a fait du bien et était très ressemblante à ce que je connaissais déjà du yoga.

Puis, Catherine a invité toutes les participantes (oui, nous étions un groupe composé uniquement de femmes, à l’exception de Jean-François, notre chef privé!) à former un cercle. Comme nous allions passer le reste de la fin de semaine ensemble, une brève présentation était de mise. Contrairement aux présentations usuelles, nous n’avions pas besoin de préciser notre âge ou même notre occupation, mais seulement notre prénom, puis un mot. LE mot avec lequel on arrivait dans ce week-end, celui que nous apportions. De mon côté, c’était évident : RECENTRER. J’étais venue dans cet objectif. Je voulais prendre une pause du brouhaha quotidien et des vibrations extérieures pour laisser toute la place à cette petite voix qui se sentait étouffée.

C’était ensuite le moment de gagner le chalet où j’ai pu m’installer dans ma chambre privée. Une petite chambre où j’ai étalé mon sac de couchage. Je me sentais comme dans un camp de vacances ou un pensionnat, bref, dans le genre d’expérience que j’aurais souhaité vivre enfant alors que la solitude était ma compagne principale.

Les odeurs de la cuisine émanaient jusque dans ma chambre et l’heure du repas sonnait. C’est dans une ambiance frénétique, guidée par nos ventres, que nous nous sommes toutes retrouvées à la salle à manger. Une grande table dressée nous y attendait. J’ai été saisie par le pouvoir de la communauté. Nous étions là, tous des étrangers à partager un repas autour d’une table, dans une forêt isolée, le sourire aux lèvres. Le temps ne semblait soudain plus aussi important. Grande gourmande et épicurienne que je suis, j’avais hâte de goûter aux repas entièrement végétariens qui seraient au menu tout le week-end.

Dès le premier service, j’étais séduite par le potage à la courge et aux lentilles. S’en est suivi une lasagne aux légumes délicieusement bonne. Pour couronner le tout, une tarte aux pommes chaudes. Le bonheur, rien de moins! Il faut dire que nous étions privilégiées d’avoir un chef avec nous, Jean-François était un habitué des fourneaux!

Étrange, mais un des moments que j’ai le plus apprécié de ma fin de semaine était celui où nous faisions toutes la vaisselle. Cette corvée que je trouve si pénible chez moi, dans mon appartement (et qui me fait regretter mon lave-vaisselle!), devenait un moment agréable et paisible. Tout le monde mettait la main à la pâte. Sans doute éveillait-il en moi ces souvenirs d’enfance dans lesquels toute la famille se prêtait à cette tâche. Un des rares moments où nous étions tous ensemble, réellement.

Pour conclure cette journée, nous nous sommes rassemblées dans le pavillon principal autour de l’imposant foyer pour une séance de méditation autour du crépitement du feu. S’en suivrait une période de silence qui allait durer jusqu’au lendemain matin, après le déjeuner.

Jour 2- samedi

La période de silence de la veille m’avait fait du bien. Vivre en groupe est comme une contraction en moi. Autant j’ai envie d’y être, autant je ne sais pas toujours comment y prendre ma juste place. Le silence obligé a alors apaisé la lutte qui avait lieu dans mon esprit. La pression est tombée. Je n’avais plus à me forcer pour dire ce qu’on attendait de moi, pour trouver quelque chose à répondre ou pour lancer une discussion, je pouvais être moi, tout simplement, sans m’isoler pour autant.

Bien que Catherine nous ait répété plusieurs fois que l’horaire était optionnel et qu’on était libre de participer ou non à toutes les activités, je tenais à suivre le cours de yoga matinal. Profitant d’une grasse matinée qui se fait rare dans la vie d’une maman (tout ce qui va au-delà de 5h00 AM pour moi), j’ai sauté du lit en entendant la porte du chalet se fermer. J’ai regardé ma montre (oui, j’avais décidé de laisser mon téléphone bien fermé au fond de mon sac pour le week-end. Sage décision!) et il indiquait 7h50. J’ai enfilé mon habit de yoga et je me suis tranquillement glissée à l’extérieur du chalet. Qu’il faisait bon respirer l’air pur et frais du matin! Quel doux réveil! La séance de yoga a été une fois de plus bénéfique tout autant que le déjeuner en silence qui s’en est suivi au chalet. Une expérience à vivre! Dans ce silence complet, tout semblait plus vrai, tout semblait plus léger. Je pouvais prendre le temps de savourer les délices concoctés : barre tendres aux lentilles, muffins à la citrouille, biscuits aux betteraves, fruits frais et j’en passe!

Après un tour de vaisselle silencieux, les bribes de paroles ont commencé à résonner à nouveau entre les murs du refuge. J’en ai profité pour prendre ma douche et me recueillir un peu dans ma chambre afin d’écrire dans mon cahier.

Puis, trois participantes m’ont gentiment invitée à me joindre à elles pour une randonnée, comme l’après-midi était entièrement libre. C’est avec joie que j’ai accepté. J’étais ici pour me recentrer, mais j’apprends aussi tranquillement à m’ouvrir aux autres et à la vie. Cette invitation tombait à point, de toute manière j’avais aussi prévu aller me promener dans les sentiers.

La balade fut des plus merveilleuses. Quelle forêt splendide! Non seulement l’abondance de conifères lui procure une beauté naturelle, mais les tapis de mousse jonchant le sol nous font croire à une forêt enchantée. Les lacs et les cascades croisées ici et là sur notre chemin nous ravissaient. Dans l’état que nous partagions, soit celui où les minutes n’ont plus d’importance, nous étions tous portés sur la contemplation et l’émerveillement des plus petites choses. Si bien, qu’une fois en haut de la tour de feu, le silence s’est imposé de lui-même devant la splendeur du paysage qui s’offrait à nous. Toutes les quatre, nous avons cessé de parler et avons profité de cet instant de pure quiétude chacune à notre manière, jusqu’à ce que l’un d’entre nous ose briser le silence.

C’est le cœur léger, les poumons remplis d’air pur et le sourire figé au visage que nous avons regagné le chalet quelques heures plus tard alors que le reste des participantes terminaient leur repas du midi. Le chili encore tout chaud sur le poêle et les salades fraîches ont rempli nos estomacs pendant que les discussions continuaient doucement.

Après ce copieux dîner, le sommeil m’appelait. En tant que maman, on a rarement ce luxe de faire la sieste. Un panier de lavage débordant ou un plancher sale nous fait toujours de l’œil lorsque nous osons croiser du regard notre matelas un samedi après-midi. Pour une fois, je pouvais m’offrir ce repos bien mérité.

C’est le corps et la tête un peu engourdie que je me suis réveillée vers 17h pour me rendre à la séance de yoga du soir, toujours donnée dans la petite salle du pavillon principal avec fenestration sur la forêt. Cette séance était toute particulière et nous avons effectué des pratiques que je n’avais jamais encore explorées, dont un fascinant exercice qui calme le mental. À genoux, devant une chaise, et le corps penchés au-dessus de celle-ci en faisant des « Ahoum » des bouchons glissés aux creux de mes oreilles, le son qui était propulsé à travers tout mon corps était si puissant qu’aucune autre pensée ne réussissait à infiltrer mon esprit.

La soirée qui a suivi, était un peu semblable à la première quoique les liens commençaient à se tisser davantage entre nous. Un copieux souper, cette fois-ci d’aubergines frites, puis une séance de méditation au coin du feu où le silence reprenait sa juste place jusqu’au lendemain matin. Cette fois-ci, l’absence de paroles était bienvenue pour moi, mais elle n’avait plus son aspect soulageant, j’arrivais peu à peu à être moi-même sans celui-ci.

Jour 3- dimanche

Au réveil, je me suis dit que j’en aurais pris encore. Déjà, ma dernière journée. Mon corps commençait tranquillement à s’adapter à ce rythme de vie prônant la lenteur. Avoir si peu de choses à penser alors que les lunchs, les devoirs à signer, les vêtements pour l’éducation physique et les livres à retourner à la bibliothèque sont habituellement les protagonistes principaux du film qui se jouent dans ma tête quotidiennement était si apaisant!

Prévue de 8h30 jusqu’à 11h, cette dernière séance était une pratique complète de yoga. Elle permettait d’aller vraiment en profondeur. Le yoga Nidra a été une superbe découverte pour moi. Il a eu un effet purificateur, je me sentais nettoyée de toute onde négative et le mot bonheur résonnait en moi.

Après ce cours qui, je le sentais, avait eu tout un effet sur chacune de nous, un cercle concluait notre expérience. Cette fois, nous étions invitées à échanger sur notre fin de semaine et évoquer le mot avec lequel nous repartions. Étrangement, j’avais le mot « communauté » en tête. Alors que j’étais venue chercher quelque chose de très personnel, de très individuel, j’avais été confrontée à la vie de groupe que j’appréhende et qu’il m’est arrivé de fuir dans le passé. En la vivant et en l’accueillant, j’étais venue chercher quelque chose de beaucoup plus riche que je le croyais et je me suis rendu compte que je n’étais pas si déconnectée de moi, au fond…

Un brunch festif et copieux a conclu cette merveilleuse fin de semaine dans une forêt magique avec 9 inconnus.

Bien que ce soit avec un peu de tristesse que j’aie quitté cet endroit paisible remplie de si beaux moments, j’ai été heureuse de constater que les bienfaits se sont encrés en moi. Pendant les deux semaines qui ont suivi ma retraite, un état de zénitude s’est emparé de moi. Je me sentais bien, imperméable au stress qui m’attaquait de toute part. Bien sûr, comme la magie n’existe pas réellement (désolée pour le titre!), l’angoisse et les préoccupations ont repris tranquillement leur place. Mais il m’arrive d’ouvrir ma boîte à souvenirs et le coffre à outils que j’ai rapportés pour en choisir un qui me ramène à cet état de plénitude.

À vivre pour toutes les mamans…

Pour tous les détails concernant ces retraites de yoga: http://www.quebec.soham-yoga.com/

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