La hiérarchisation des dettes

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La semaine suivant Pâques, je me suis porté volontaire pour aller garder la marmaille de sœurette, le temps que son copain et elle puissent s’évader dans le sud. Bah ouais, j’ai parfois des idées de marde. De nature solitaire, flirtant avec l’asociabilité par moment, la semaine fut éprouvante ; TRÈS éprouvante. À moins de 24 heures de mon arrivée, j’aurais été le premier à appuyer le gouvernement pour qu’il augmente mes impôts afin de bonifier le financement des CPE. Seigneur, donnez un répit à ces pauvres parents! Côtoyer ces deux (adorables, je dois le mentionner) monstres, la parenthèse d’une semaine, m’a permis de constater à quel point ma vie plate est ô combien agréable.

Dans cette aventure épique de ma vie de célibataire assumé, j’ai embarqué dans le train de ma folie une amie. Après tout, dans ma logique implacable, quoi de mieux que deux célibataires endurcis pour garder deux enfants énergiques.

Bref, dans la voiture qui nous amenait (sans le savoir) à « l’abattoir », cette amie-aussi-dingue-que-moi me questionnait sur une stratégie à employer pour le remboursement de sa dette. Possédant un prêt personnel à près de 12% d’intérêt, le remboursement, sans l’asphyxier, dilue évidemment son pouvoir d’achat.

Ce qu’il faut garder en tête, c’est que dans le grand monde du prêt, toutes les dettes ne s’équivalent pas. Vous pouvez donc avoir des dettes avec des taux d’intérêt variant du simple au double. Rembourser plus rapidement les plus élevées est évidemment une stratégie à privilégier. Par contre, lorsque vous ne possédez qu’un seul prêt, la situation est plus complexe.

Comme je fais également les impôts de cette amie-aussi-dingue-que-moi, je sais qu’elle cotise mensuellement à son Régime Enregistré d’Épargne-Retraite (REÉR). Il est important de comprendre qu’une stratégie REÉR axée sur une cotisation mensuelle est toujours plus efficace que celle où vous cotisez, en panique, à la fin de l’année (souvent lorsque vous produisez votre déclaration de revenus). En optant pour la tactique mensuelle, vous bénéficiez de la variation des marchés et, donc, achetez des actions qui peuvent être plus basses. De plus, trop de personnes perçoivent l’épargne-retraite comme un placement «s’il reste de l’argent ». Cette épargne, en prévision de ses vieux jours, est pourtant une dépense à entrer dans son budget, au même titre que l’épicerie ou l’hypothèque. Son principe de cotiser à son épargne-retraite, en marge du remboursement de son prêt personnel, était donc d’une logique implacable.

Pour en revenir à notre sujet (toute une dérape), lorsque vous remboursez le montant minimal demandé, vous ne remboursez pas uniquement la dette contractée, mais bien une portion du capital et de l’intérêt à chaque paiement. Surfant sur ce principe élémentaire, je mentionnais à cette amie qu’un prêt REÉR est frappé d’un taux d’intérêt incomparablement moins élevé que son prêt personnel actuel (le taux demandé pour ce type de prêt figure parmi les plus faibles). L’écart entre les deux taux peut atteindre 8%.

Le prêt REÉR est un prêt que l’ensemble des institutions financières vous proposent afin de cotiser à votre épargne retraite. Pour résumer le principe à sa plus simple expression : vous contractez un prêt REÉR, vous placez l’argent dans un REÉR et vous remboursez mensuellement votre prêt. L’avantage est qu’en plus de bénéficier de l’allègement fiscal que vous procure un REÉR, l’intérêt produit par votre placement REÉR sera (théoriquement) plus grand que l’intérêt à payer sur votre prêt REÉR.

Compte tenu de ses habitudes d’épargnes et des paramètres entourant sa dette, une solution avantageuse pour elle, selon moi, est de cesser la cotisation mensuelle à son REÉR et transférer ce montant dégagé pour rembourser plus rapidement son prêt personnel. Chaque dollar versé en supplément (au montant mensuel initial) est donc attribué directement sur le capital et diminue donc l’intérêt global puisque celle-ci est calculée sur le capital.

À la fin de l’année, elle pourra cotiser à son REÉR à la même hauteur qu’habituellement, MAIS par l’entremise d’un prêt REÉR, à un taux inférieur que ce qu’elle payait sur son prêt personnel. C’est comme si elle transférait une portion de la dette de son prêt personnel à 12% vers un prêt moins dispendieux à 4%. Par le fait même, elle abaisse l’impact de l’intérêt total à payer sur son portefeuille (de l’intérêt qu’elle sauve).

Pour que ce modèle soit applicable à votre situation, gardez en tête que de la discipline est requise. La totalité de l’argent dégagé par l’abandon de vos cotisations mensuelles REÉR doit être appliquée au remboursement de votre dette et vous devez avoir comme habitude de cotiser, mensuellement, à une épargne REÉR ! De plus, assurez-vous d’être éligible à un prêt REÉR.

Allez-y, faites travailler vos paiements en votre faveur !

donald-le-gardien

Autrice de l’article : Donald Desrochers

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Chialeux, célibataire assumé, accro à l'actualité, la politique et l'économie, je rêve secrètement, un jour, d'être capable de plier un drap contour seul.

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