retraite

Se retirer

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J’arrive d’une retraite. Une retraite pour laquelle j’ai eu bien du mal à me décider. Une retraite pour laquelle il m’a fallu beaucoup d’appui et de détermination pour me permettre et oser y aller. Une retraite suffisamment longue pour laisser un calendrier annoté à ma trâlée, des rendez-vous à ne pas oublier, des cases à barrer pour le petit dernier. Une retraite tellement loin que trois avions auront été nécessaires pour y parvenir et plusieurs boites de mouchoirs afin d’éponger les débordements et ébranlements que cela a générés.

Et surtout, il aura fallu que je déploie ce que je déploie normalement pour les autres, que je joue sur des cordes sensibles, que je chausse des souliers oubliés depuis bien longtemps, que j’exhume le sac à dos de mes 20 ans et le pire; que j’assume. Que j’assume de partir délibérément, de choisir consciemment de laisser derrière moi ma tribu, celle sur laquelle je veille nuit et jour depuis 15 ans, celle dont j’essaie de préserver la liberté tout en lui insufflant de la stabilité, celle qui est toute ma vie.

Ainsi je suis partie.
Et comme pour éprouver mon choix, le voyage a eu son lot de complications; ennuis météo, correspondances ratées, refus d’embarquement, barrière de la langue, stress des douanes… et pourtant j’y suis arrivée!
Arrivée à destination.
Arrivée au moment réel du lâcher-prise.
Arrivée à débrancher mon cell, FB ainsi que mes courriels.
Arrivée à faire confiance le jour où mon petit dernier vomissait ses tripes alors que je me trouvais à des milliers de kilomètres de lui.
Arrivée à me déposer, à écouter ce qui montait en moi.

Pendant des jours et des jours, j’ai marché. J’ai marché pieds nus sur la Terre rouge. J’ai marché dans ma tête, dans mon cœur et dans mon âme. J’ai côtoyé mes peurs et mes espoirs, mes réalisations et mes rêves, mes deuils et mes blessures, mes faiblesses ainsi que mes forces et talents. J’ai marché en silence avec moi-même, en écho avec ma tribu… celle que j’avais laissée à la maison, celle qui m’avait précédée, ainsi que celle qui cheminait à mes côtés.

ombre

J’ai marché sans être interrompue, des jours durant, seule, veillée par la lune, sans autres soucis que de remonter le fil de ma vie, de nouer et dénouer à souhait, de tisser ce que mes pas m’inspiraient. Ce qui au début m’effrayait est devenu peu à peu une nouvelle façon de me contempler, de m’apprécier, de m’honorer. Je me suis aperçue sous de nouveaux éclairages, j’ai chanté et dansé, osé laisser mon corps s’exprimer comme jamais, goûté à ce féminin sauvage, prêté l’oreille à de faibles murmures, sombré dans certaines brèches, senti le soleil sur ma peau et j’ai trouvé… trouvé ce que j’étais allée chercher.

J’aurais certainement pu aller moins loin et peut-être partir moins longtemps puisque tel que le racontent de nombreuses légendes, tout ça était logé au fond de moi. Mais le fait de n’avoir rien d’autre à penser, de pouvoir complètement m’abandonner a certainement contribué à l’intensité de ce qu’il m’a été donné de toucher. Avec tout ce qu’il avait fallu mobiliser pour me permettre cette retraite je me suis sentie privilégiée. Privilégiée de pouvoir momentanément me lier uniquement et complètement à moi, parce que nous les mères, les femmes, sommes souvent des piliers sur lesquels tout le monde compte. Et à force de tout porter à bout de bras, on en oublie de prendre soin de soi.

Aussi si le cœur vous en dit, si au fond de votre ventre une petite voix appelle, tendez l’oreille… une heure, un après-midi, une journée, une semaine, un mois, peu importe. Asseyez-vous, écoutez-vous, permettez-vous de récolter, de recoller, d’accueillir et de chérir, ce qui vous traverse, vous habite et fait de vous un être unique… une personne à part entière, une mère, une femme, une âme dont l’essence a besoin d’être mise au monde, reconnue même si quelque temps perdue de vue, et enfin déployée, affirmée, partagée dans une conscience et fierté renouvelée… pour ainsi accoucher de vous, de cette portion invisible qui depuis tout ce temps chemine et constitue cette part de nous même qui porte notre « mission de vie », notre contribution au monde, la réalisation de qui nous sommes.

Autrice de l’article : Laetitia Toanen

Laetitia Toanen est mère de 3 enfants et d’une petite étoile. Femme dévouée, accompagnante, elle fait l’école à la maison depuis 10 ans et est l’auteur de différents livres, articles, ateliers et conférences traitant de l’adoption, du maternage, de la vie de mère et des rituels au fil de la vie. Passionnée par les cultures ancestrales, elle s’intéresse depuis longtemps au lien qui unit l’homme à la Terre ainsi qu’aux différentes relations qu’entretiennent les femmes entre elles, de par le monde. Soucieuse d’offrir aux femmes d’ici, un espace d’intimité pour renouer avec leur créativité, leur fertilité et leur féminité elle propose différents rituels autour des tentes rouges, bâtons de lune, lune noire, blessing way et première lune afin de célébrer la nature cyclique de celle-ci. C’est l’occasion de cercle de paroles remarquables, d’activités uniques pour se connecter à soi-même et découvrir la sérénité d’appartenir à un clan. Vous pouvez la retrouver sur son blogue Rebelle des bois ou sur Chemins de traverse pour les rituels.

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