allaitement difficile

J’ai toujours souhaité allaiter. Ça allait de soi. C’était le meilleur choix. Et ce, sans compter tout le sentiment de proximité avec l’enfant, la chaleur et tout l’amour transmis par ce geste si naturel. C’était évident que c’était pour moi.

Et je ne m’attendais pas à ce que ce soit facile nécessairement. J’ai une amie qui a eu des enfants bien avant moi et qui a connu des difficultés lors de l’allaitement de ses enfants: vaso-spasmes, douleurs, muguet. Elle souffrait à chaque mise au sein du bébé, ce n’était pas facile.

Donc, je n’avais pas non plus une vision idyllique de l’allaitement.

Pour mettre toutes les chances de mon côté, je me suis rendue dans une séance d’information donnée par un groupe de soutien à l’allaitement pour m’informer avec ma grosse bedaine. J’ai demandé une marraine d’allaitement. Je me suis fixé un objectif de 6 mois. J’étais maintenant prête à accoucher.

Premier allaitement: les faits

Le bébé nait et je fais comme j’ai appris. La première mise au sein se passe bien. Le séjour à l’hôpital se passe bien. Bébé pleure beaucoup, mais sans plus.

Ma mère qui nous visite dans les premiers jours trouve que bébé pleure beaucoup. Moi, je n’ai pas d’opinion, c’est mon premier bébé.

Aussi: ma mère n’a pas allaité. Je ne me retourne donc pas vers elle pour des conseils. C’est juste normal dans les circonstances.

Je n’ai pas beaucoup de colostrum. Mais j’attends ma montée de lait. Bébé pleure vraiment beaucoup. J’ai ma montée de lait. Ma poitrine change un tantinet, mais elle change. Même si c’est à peine perceptible (même pour moi). Bébé pleure énormément.

Après la quatrième journée, je sens que ça ne va pas. Le bébé ne fait pas le nombre de pipis requis selon les tableaux de références. Il commence à avoir des cristaux dans son urine.

Aucun appel de suivi du Centre de Santé et de Services Sociaux (CSSS) encore. Le lendemain matin, il y a une clinique d’allaitement relativement près de chez moi (une chance j’ai une voiture). J’irai là. Je ne sais pas vers qui d’autre me tourner.

Je me lève et fais ma routine matinale. Papa se lève ce matin-là, pour constater que bébé est dans sa coquille et que je mets mon manteau: Direction clinique d’allaitement.

J’arrive là-bas, j’ai les traits tirés, je suis blême. Je n’ai pas dormi plus de cinq heures dans les cinq derniers jours. Bébé pleure trop, tout le temps. La seule fois que j’ai dormi deux heures en ligne, c’était le papa qui berçait le bébé constamment avec une suce pour me permettre de me remettre un peu.

L’infirmière présente pèse le bébé avec moi et elle constate une perte de poids de 14%… C’est beaucoup. On fait la mise au sein ensemble et elle constate que bébé n’avale pas. Elle part faire des vérifications. J’ai les larmes aux yeux, que j’essaie tant bien que mal de retenir. Je me sens vraiment, mais vraiment seule. Toute seule au monde avec mon petit trésor. Désemparée. Je ne sais que penser. Et franchement, je suis complètement brulée, à bout.

Elle revient avec le nom et l’adresse d’une clinique du nourrisson. Me demande d’y aller directement, sans retourner à la maison. C’est vraiment important. Son ton et son insistance me font réaliser que la situation nécessite une action immédiate.

Je suis vraiment inquiète. Je m’en vais dans l’auto et avise mon chum par téléphone. Je retiens toujours mes larmes. L’heure est à l’action, mes larmes seront pour plus tard. Direction clinique du nourrisson.

À mon arrivée, je suis accueillie par la réceptionniste, j’ai un nourrisson alors je n’attendrai pas plus de 10 minutes avant de voir l’infirmière.

Ma cocotte est dans un état critique, sa température est basse. Elle est affamée. Elle a perdu beaucoup de poids. Je suis inquiète, mais bien entourée.

Avec beaucoup de délicatesse, l’infirmière me dit qu’il faudrait donner de la préparation pour nourrisson à ma cocotte. J’accepte sans hésiter, je comprends que ça presse. La santé de ma fille en dépend.

Nous donnons du lait maternisé dans une petite coupe en plastique. L’infirmière me présente aussi le cathéter, un fin tube qu’on plonge dans une bouteille de lait maternisé et qui s’insère dans la bouche du bébé alors qu’il est au sein. De cette façon, le bébé ne délaisse pas le sein pour le biberon, une façon d’éviter de compromettre l’allaitement. Je souhaite toujours allaiter, c’est important pour moi. On discute ensuite d’un médicament qui aide à la production de lait, la dompéridone et de tous les produits naturels disponibles en pharmacie.

Je dois faire du peau à peau pendant une heure trente avant que la température de bébé revienne à la normale et que les infirmières me laissent partir à la maison. C’est dire à quel point c’était important d’agir cette journée-là! Je devrai retourner à la clinique dans l’après-midi, le jour suivant, deux jours plus tard et par la suite, avoir des rendez-vous toutes les semaines pendant un mois.

Je veux allaiter! Oui, vraiment.

Alors je persiste. Je donne le sein à tous les boires avec le cathéter pendant un mois et demi avant de passer au biberon. Je continue de donner le sein à tous les boires pendant 5 mois et demi. Le dernier mois d’allaitement, c’est matin et soir. J’ai réussi mon objectif, mais j’ai le sentiment amer d’avoir raté mon allaitement.

Premier allaitement: les émotions

Mon aventure d’allaitement a duré plus de six mois. Dit comme ça, c’est simple. Mais dans la vie d’une maman, c’est une éternité six mois quand on vit une montagne russe émotive. Et le sujet de l’allaitement amène toute une gamme d’émotions. Une super ride de montagnes russes!

J’ai vraiment pleuré ma vie comme ce n’est pas possible. Vraiment beaucoup, vraiment souvent. Comment se fait-il que je n’aie pas de lait et que je ne sois pas capable d’allaiter? C’est censé être la chose la plus naturelle du monde, pourquoi est-ce si compliqué pour moi?

Et malgré toutes ces difficultés, j’aime allaiter. Sentir le bébé collé contre mon sein qui se nourrit autant de mon lait que de mon odeur, de ma peau sur la sienne pour recréer, l’espace d’un instant la proximité et le souvenir de la vie intra-utérine. Ces yeux dans mes yeux. Ce petit cœur contre mon cœur. Ce fut une expérience ultra-émotive et remplie de grands hauts et d’énormes bas. Encore maintenant, en faisant ce bilan, les larmes coulent. Parce que, même si je me suis réconcilié avec mon allaitement, il n’en demeure pas moins que j’ai encore un peu d’amertume et de la tristesse reliée à cette expérience intense.

Le sein demeure toujours un défi: le bébé s’agite, s’impatiente, il a faim, mais je n’ai pas tant de lait. Il reste que je suis capable de donner entre 5 minutes par sein à 15 minutes parfois. Le bébé avale un peu au début, ensuite il tète plus qu’il n’avale. Et le biberon est toujours accueilli avec beaucoup d’attente et un plaisir immense. Donc immanquablement, les émotions sont à fleur de peau, pas mal tout le temps.

Je suis heureuse d’avoir allaité ma fille. Et d’avoir persévéré.

Mais j’ai beaucoup de tristesse qui me reste de cette aventure aussi. Et j’ai connu les deux côtés de la médaille, simultanément. J’ai connu autant les bobos de l’allaitement (mal aux seins, les bosses dans les seins quand le bébé ne boit pas suffisamment) que les côtés désagréables des biberons, cathéters et seringues: stérilisation, attente que le lait soit à la bonne température, le bébé qui pleure plus que nécessaire. Ne pas pouvoir allaiter sur demande parce que le bébé se tanne en moins de 5 minutes au sein: il n’est tout simplement pas suffisamment nourri.

Et j’ai eu une mauvaise expérience avec ma marraine d’allaitement. Quand je l’ai contactée pour savoir si je pouvais me présenter à une clinique d’allaitement avec mon bébé allaité-biberonné (pour sortir de l’isolement de la maison) elle m’a répondu qu’il n’y avait pas de problème, mais que je devrais être mis à l’écart pour ne pas avoir de mauvaise influence sur les mères qui allaitent!

J’étais vraiment sidérée et cela a grandement contribué à mon sentiment de culpabilité, de grande solitude et de tristesse. Il va sans dire que je ne me suis plus jamais présenté dans ces haltes-allaitement.

Elles m’auront servi de repère au début pour me diriger dans mon problème et c’est tant mieux. Mais pour mon allaitement mouvementé et mes émotions à fleur de peau, non merci.

C’est la rencontre d’une maman dans un cours de piscine qui m’a aidé à me guérir. Quand je lui ai conté cet évènement, elle m’a gentiment invité à sa clinique d’allaitement du CSSS de son quartier et m’a dit que si cela se produisait elle prendrait ma défense que c’était complètement inacceptable cette attitude-là. Cela a vraiment mis un baume sur mes plaies et tout ce sentiment de culpabilité. Elle m’a vraiment aidé à passer à autre chose. Et à cheminer dans mon processus de réconciliation avec mon allaitement différent.

Ce n’est que le temps qui peut guérir ces blessures, cet échec d’allaitement. Parce que j’ai longtemps considéré mon allaitement comme un échec, même si je me suis vraiment acharnée et que j’ai persisté pendant 6 mois et demi. C’est fou, hein? Pourtant j’ai eu un conjoint en or, qui me mentionnait que même si j’avais peu de lait, je donnais aussi beaucoup d’amour, de réconfort et que tout cela était autant sinon plus important que le lait en tant que tel.

Maintenant, avec le recul (et à la lumière de mon second allaitement), je trouve que j’ai réussi mon allaitement. À ma manière avec tous les défis qui sont venus avec. Malgré tout, ce sont quand même des larmes d’amertume qui coulent ce soir alors que j’écris ces lignes cinq années plus tard. Je revis beaucoup des émotions qui m’ont habité à l’époque.

Cinq années maintenant. Une éternité.

C’est mon mon deuxième allaitement qui va me permettre avec le recul, d’être satisfaite de ce super premier défi d’allaitement.

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