école-maison dans les médias au Québec

L’année dernière, à une date similaire, je publiais un article qui s’intitulait L’image de l’école-maison véhiculée dans les médias est fausse. Tout ce qui était dit en lien avec l’éducation à domicile était en lien avec les écoles religieuses illégales. Un an plus tard, une nouvelle loi en place, un nouveau règlement en fonction depuis juillet seulement et on r’commence! Pourquoi? Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, ne semble pas avoir digéré ce nouveau règlement, il a donc décidé de le remplacer sous prétexte qu’il souhaite s’attaquer aux écoles religieuses illégales. Il partage, au passage de fausses informations sur l’éducation à domicile et le fonctionnement actuel, informations qui sont reprises ensuite dans les journaux sans vérification des faits.

Les vraies obligations des parents-éducateurs à l’heure actuelle

Dans le moment, en plus, bien entendu, d’éduquer leurs enfants, voici les comptes que doivent rendre les parents au ministère de l’Éducation:

  • Envoyer un avis écrit au ministre et à la commission scolaire compétente;
  • Créer et envoyer un projet d’apprentissage au ministre;
  • Faire un état de situation et bilan de mi-parcours;
  • Participer à une rencontre de suivi;
  • Faire évaluer la progression de votre enfant annuellement;
  • Faire un bilan de fin de projet.

Le projet d’apprentissage, celui qui, selon le ministre, ne doit contenir que 3 matières doit plutôt présenter des activités en apprentissage de la langue française, d’une langue seconde, de la mathématique et doit également présenter des activités provenant du domaine mathématique, science et technologie, des arts, du développement de la personne et, pour les enfants de 9 ans et plus, du domaine de l’univers social.

Pour chaque domaine d’apprentissage, le parent doit parler des objectifs visés pendant l’année et des ressources utilisées pour les atteindre. Le parent doit être en mesure de montrer la progression de l’enfant en fin d’année en présentant des travaux faits pendant l’année (portfolio), en faisant évaluer l’enfant par un détenteur de brevet d’enseignement, en soumettant l’enfant à des examens, via la commission scolaire ou via une institution d’enseignement privé.

Il est cependant vrai que les parents-éducateurs ont une liberté sur la pédagogie utilisée pour éduquer leurs enfants. La plupart des familles vont piger dans différentes pédagogies pour s’adapter le plus possible à leurs enfants. D’autres vont plutôt s’attacher à une pédagogie précise ou suivre le programme éducatif d’une autre province, d’un autre pays. L’obligation de suivre le programme québécois, c’est l’équivalent de dire que les programmes éducatifs d’ailleurs dans le monde sont mauvais, que des pédagogies comme Montessori ou Charlotte Mason ne sont pas « assez bon »? Je vous invite à lire sur les différentes pédagogies existantes pour vous faire votre propre idée…

Si notre système va si bien, pourquoi est-ce qu’on voit souvent passer des nouvelles en lien avec le décrochage scolaire ou plus récemment, sur le faible taux d’accès aux études universitaires par les étudiants ayant fréquenté une école publique régulière.

Obliger les examens; dangereux pour certains enfants

Je vais vous confier quelque chose sur l’éducation à domicile. Quelque chose qu’on ne dit pas dans les médias… Beaucoup de parents font ce choix après que leurs enfants aient été pendant quelques années sur les bancs d’école. Certains vivaient des échecs dans toutes les matières et leur estime de soi diminuait un peu, à chaque échec. D’autres vivaient de l’intimidation depuis la maternelle et ont développé une phobie de l’école. D’autres ont un haut potentiel, mais également une anxiété de performance et les examens étaient pour eux des moments très difficiles. De faire vivre de nouveau ces moments à ces enfants, est-ce vraiment nécessaire? Non. Pire, ça peut être dangereux!

De plus, même si les examens sont utilisés dans les écoles, ils ne font pas l’unanimité comme moyen efficace d’évaluation. Le ministre Roberge doit le savoir, il vient du domaine de l’éducation, il était sur le terrain… J’ai fait une recherche vraiment vite vite pour trouver des choses qui appuyaient ce que je me souvenais avoir lu dans le passé: « Pour ce qui est d’apprécier la qualité d’un système éducatif, la limite des tests standardisés a été signalée à maintes reprises dans le cadre du discours sur l’évaluation authentique. […] Du point de vue de l’évaluation en classe, le portfolio ou dossier d’apprentissage est l’outil qui correspond le mieux aux nouvelles conceptions de l’apprentissage et aux approches contemporaines de la pédagogie qui misent sur la participation et sur l’engagement de l’élève dans le suivi de ses apprentissages. » (Gérard Scallon du Département des fondements et pratiques en éducation de l’Université Laval, 2000)

Pour le moment, justement les parents ont cette option d’utiliser un portfolio pour montrer la progression de leurs enfants pendant l’année scolaire. Au Québec, le portfolio scolaire n’est pas inconnu dans le domaine de l’éducation. J’ai pu trouver un autre article qui date de 1997, publié dans la revue Vie pédagogique par Pierrette Jalbert et qui se terminait de la façon suivante « Dans les écrits portant sur le portfolio, on peut lire des témoignages d’élèves. Ces éloquents témoignages réussissent à nous convaincre de la valeur pédagogique de cet outil ».

Ah et avec tout ça, je ne parle même pas de l’injustice envers nos enfants alors qu’il y a des enfants qui sont préparés à l’école QUE pour ces examens, comme on a pu le constater il y a quelques années! On pouvait lire dans un article du journal Le Soleil que « Trois commissions scolaires recommandent à leurs profs de ne pas essayer de “couvrir tout le programme” prévu par le ministère de l’Éducation. Elles leur conseillent plutôt de préparer les questions à leur examen pour ensuite mieux cibler les notions à enseigner. Le tout pour augmenter la réussite de leurs élèves. » Pourtant, le ministre de l’Éducation va imposer aux enfants éduqués à la maison de suivre le programme à la lettre. Double standard?

Il est où le lien entre les examens et les écoles religieuses illégales?

Finalement, je ne cesse de me questionner: en quoi est-ce que d’obliger les enfants à faire des examens permettra au ministre de faire sa « chasse » aux écoles religieuses illégales? Un enfant qui fréquente une école religieuse illégale, dans ma définition, ce n’est PAS nécessairement un enfant qui fait l’éducation à domicile. Pourquoi s’attaquer à un règlement encore nouveau, qui a moins d’un an, dont l’efficacité n’a pu être démontrée encore ET dépenser l’argent des contribuables pour mettre en place de nouvelles mesures visant une minorité de personnes? Si le problème est au niveau des écoles religieuses, illégales ou non, il y a d’autres façons de faire.

Si vous êtes un parent-éducateur et souhaitez l’afficher fièrement, je vous invite à utiliser le cadre de photo Facebook du Mois de la sensibilisation aux apprentissages en famille (même si nous ne sommes pas en mai!).

Pour en apprendre plus sur l’école à la maison, je vous suggère de mettre la main sur mon livre L’éducation à domicile au Québec: Tout ce que tu dois savoir sur l’école à la maison, le unschooling, les apprentissages en famille et autres alternatives au milieu scolaire.

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