règlement sur l’enseignement à la maison

Est-ce que je parle trop du projet de règlement sur l’enseignement à la maison du ministre Roberge? Nah… Je comprends qu’il peut être difficile de comprendre à quel point il représente un désastre pour les familles touchées. Pour vous faire comprendre à quel point il touche ma famille, je peux vous dire que j’ai commencé à faire des recherches sur la vie au Nouveau-Brunswick, le fonctionnement du système de santé, le prix des maisons, les milieux francophones. (Tsé, juste au cas…) C’est à ce point-là que ce projet de règlement touche ma famille. Je suis chanceuse, nous pouvons déménager parce que nous sommes travailleurs autonomes. Si nous devons faire ce « move », nos clients nous suivrons ou non, mais nous pourrons en trouver de nouveaux. Ce ne sont pas toutes les familles qui peuvent songer à un déménagement aussi facilement. Avec mes copines du livre L’éducation à domicile au Québec: Tout ce que tu dois savoir sur l’école à la maison, le unschooling, les apprentissages en famille et autres alternatives au milieu scolaire, nous avons rédigé une lettre, non pas au ministre de l’Éducation, mais au premier ministre du Québec, François Legault, afin d’expliquer notre situation et en quoi ce projet de règlement sur l’enseignement à la maison est dérangeant. En espérant être lues!

Monsieur le Premier Ministre,

Merci de votre attention avec ce titre désarmant…  qui est en revanche moins choquant que l’annonce de la modification au règlement sur l’enseignement à la maison, annoncé précipitamment il y a quelques jours.

Annonce d’autant plus choquante quand on sait que ce Règlement assènera un coup de pied la Déclaration des droits de l’homme en vigueur depuis environ 70 ans sans opposition connue, dont l’article 26 précise que:

Les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants.

Et l’article 18.1 de la Convention relatives aux droits de l’enfant, adoptée par l’ONU en 1989, qui stipule encore que la responsabilité d’élever l’enfant et d’assurer son développement incombe au premier chef aux parents.

Et, pour faire taire tout débat non informé sur le sujet, un jugement de la Cour Suprême en 1986 (R. Jones) a encore rappelé que les parents ont le droit de choisir où et comment se fait l’éducation de leurs enfants.

Vous comprendrez donc que la communauté d’éducation à domicile au Québec est sidérée par la récente sortie de presse de M. Roberge.

Le ministre Roberge aurait pu attendre les résultats du règlement actuel, effectif depuis le 1er juillet 2018, avant de sévir. Les familles ont travaillé conjointement avec la Direction de l’enseignement à la maison (DEM) afin de se conformer au règlement actuellement en vigueur, qui inclut l’obligation de remettre un projet d’apprentissage, deux bilans annuels, un état de la situation, de participer à une rencontre avec le Ministère et de soumettre la progression de l’enfant à une évaluation. À cela s’ajoute l’obligation de couvrir les sept matières suivantes : français, mathématique, langue seconde, science et technologie, arts, développement de la personne et univers social.  À peine 6 mois après cette mise en oeuvre, votre ministre de l’éducation fait volte-face, et coupe à l’aveuglette dans les droits des enfants en modifiant le nouveau Règlement et en ne respectant pas les recommandation de souplesse de la Protectrice du citoyen. Est-ce bien le mandat que s’est donné votre parti?

On peut légitimement se demander si le bien des apprenants à domicile est au coeur de l’éducation ou s’il n’est pas plutôt une question d’abus de pouvoir du ministre Roberge.

Pourquoi un abus de pouvoir? Ce que propose le ministre Roberge constitue ni plus ni moins une manière de:

  • changer le règlement sur l’enseignement à la maison de manière irresponsable, sans consulter les principaux intéressés et les spécialistes de la Table de concertation créée à cet effet avec le projet de loi 144. Chacune des parties impliquées ont investi temps, argent et efforts afin de bâtir un règlement acceptable pour tous et respectant les droits de tout un chacun. L’exemple du portfolio est éloquent à cet égard, ainsi que le rapporte le professeur Gérard Scallon :  « Pour ce qui est d’apprécier la qualité d’un système éducatif, la limite des tests standardisés a été signalée à maintes reprises dans le cadre du discours sur l’évaluation authentique. […] Du point de vue de l’évaluation en classe, le portfolio ou dossier d’apprentissage est l’outil qui correspond le mieux aux nouvelles conceptions de l’apprentissage et aux approches contemporaines de la pédagogie qui misent sur la participation et sur l’engagement de l’élève dans le suivi de ses apprentissages. » (Gérard Scallon, Département des fondements et pratiques en éducation de l’Université Laval, 2000);
  • modifier un règlement qui a moins d’un an, et dont la portée sur les enfants scolarisés à la maison n’a pas pu être mesurée ni analysée, et ce, tout  en alourdissant la tâche des parents-éducateurs, alors que ces derniers ne bénéficient toujours d’aucun soutien financier, contrairement à leurs homologues britanico-colombiens. Rappelons que le Québec est la province au sein de laquelle le gouvernement exige le plus de suivis en matière d’éducation à domicile;
  • mentionner que des demandes d’enseignement sont non conformes alors que le fait ne touche qu’une minorité des demandes,  seulement 81 des 5189, soit 1,6 %, (selon Le Devoir). Précisons que le ministère tarde à préciser ses critères de conformité en la matière;
  • jouer avec les mots en laissant croire que ces nouvelles règles pourraient aider des enfants vivant une situation de négligence éducative alors qu’elles ne peuvent rien faire de plus sous le règlement actuel à ce sujet puisque, comme c’est le cas en milieu scolaire, la réussite aux examens ministériels n’est pas obligatoire. D’ailleurs, elle ne se porte en aucun cas garante du droit de scolarisation à la maison, droit énoncé selon la Déclaration universelle des droits de l’homme. Qui plus est, tout cas de négligence observé est nécessairement signalé et traité par la DPJ.
  • supprimer tout droit d’utilisation de pédagogies alternatives aux enfants éduqués à domicile, alors que ces pédagogies permettent d’offrir une éducation souvent plus respectueuse et qu’avec leurs approches personnalisées, elles rejoignent TOUS les enfants laissés de côté par l’école québécoise (enfants qui ont des potentiels, troubles ou diagnostics divers).

Il n’en demeure pas moins que le plus choquant dans ce projet est que d’imposer le suivi de la Progression des apprentissages du programme de formation de l’école québécoise et ses évaluations ministérielles, c’est une attaque directe aux droits à l’éducation appropriée des apprenants à domicile et à la liberté de choix du genre d’éducation désirée par les parents.

C’est d’obliger de reproduire l’école, à la maison, alors que cela ne respecte pas le droit inhérent à la dispense scolaire, droit respecté chez toutes les autres provinces canadiennes ainsi que l’a déclaré la Cour suprême.

Il est plus important que jamais que le règlement respecte les droits des apprenants à domicile.

Parce que nous sommes d’accord sur un point:

Notre survivance comme peuple dépend de notre capacité à valoriser l’éducation.
– Jean-François Roberge

Nous avons un intérêt commun: que chaque enfant reçoive l’éducation la plus appropriée dans un réel souci de son bien-être et du développement de son plein potentiel, une éducation qui s’attarde aux particularités uniques de chaque enfant.

Quelques faits sur les nouveautés en éducation…

Les recherches du Dr. Peter Gray, professeur et chercheur en psychologie, et auteur de Free to Learn, démontrent que les enfants à travers le monde apprennent mieux par le jeu, une communauté de pairs, et l’accès libre à l’information. Peter Gray souligne que les enfants sont naturellement équipés pour s’éduquer eux-mêmes:

Les enfants viennent au monde brûlant d’apprendre et génétiquement programmés avec des capacités extraordinaires en matière d’apprentissage. Ils sont de petites machines à apprendre.

D’ailleurs, les écoles les plus populaires, comme celle appelée Avenues – The World School, tendent vers le modèle de l’apprentissage autonome. On se rend compte que les enfants ont une excellente éducation lorsqu’ils ont un accès libre à l’information, qu’ils sont encouragés à suivre leurs passions, sans horaire fixe, et qu’un parent peut venir les voir en tout temps. Quoiqu’on n’ait pas besoin nécessairement d’une école de ce genre: ces dispositions peuvent bien se recréer en famille.

Alors si on suivait ce que ces résultats nous disent, sans équivoque?

Et si nous adoptions, comme société, une ouverture d’esprit sur le sujet, et même la décision d’être à la fine pointe de l’éducation efficiente?

Une vision démocratique de l’éducation, où tous les enfants pourraient suivre la voie qui leur convient vraiment, pour faire fleurir leurs potentiels innés?

La qualité de l’éducation, qu’on choisisse l’école ou une éducation alternative, est une vision qui, au lieu de nous diviser, pourrait nous rallier.

Notre province gagnerait à devenir leader des alternatives éducatives. Et justement permettre, sans limitations, l’éducation à domicile, constitue sûrement la révolution éducative que nous attendons depuis longtemps comme solution aux problématiques de l’école traditionnelle.

Nous pourrions rejoindre les avancées des pays européens nordiques, où l’unité familiale et un milieu d’éducation souple qui respecte l’enfant créent les gens les plus heureux au monde.

Ça nous apporterait un plus grand respect de l’enfance et un meilleur déploiement de son potentiel, ce qui bonifierait la collectivité.

Ça s’inscrirait dans la même veine que la diversité culturelle. Des citoyens provenants de milieux éducatifs riches et diversifiés, ensemble, pour une société plus riche et novatrice.

Ça permettrait probablement de diminuer les méfaits actuels de l’éducation traditionnelle pour certains, comme les échecs scolaires, le malaise généralisé, et les taux de décrochage et suicides sidérants.

Et ça conserve le droit de choix éducatifs respectueux pour TOUS.

Et en fait, voici ce qui semblerait approprié en cette florissante ère éducative du nouveau millénaire.

Nous demandons d’en rester au respect de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Notamment, un suivi facultatif du programme de formation de l’école québécoise et une souplesse des méthodes de suivi auprès de l’État pour les enfants éduqués en famille, tel que présenté dans le règlement actuel.

Car nous sommes face à un tournant décisif pour l’éducation de nos enfants et l’avenir de l’éducation au Québec.

Instaurons une ère éducative respectueuse du droits des enfants à recevoir une éducation adaptée à leurs besoins et aspirations… en gardant à coeur nos précieux enfants qui ont le potentiel d’apporter grandement à notre société par la richesse de leur éducation personnalisée et leurs forces et talents.

Allons, jetons ce règlement sur l’enseignement à la maison au bac brun, et on passe par-dessus l’écart.

Ça ne sera pas inscrit sur le bulletin, ou le portfolio, de M. Roberge.

Marie-Eve Boudreault
Marie-Noelle Marineau
Julie R-Bordeleau
Julie Roux
Auteures du livre L’éducation à domicile au Québec: tout ce que tu dois savoir sur l’école à la maison, le unschooling, les apprentissages en famille et autres alternatives au milieu scolaire

Pour en apprendre plus sur le règlement sur l’enseignement à la maison et l’éducation à domicile au Québec:

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