Monsieur Roberge,
Je vous écris pour vous faire part de mes commentaires par rapport au projet de règlement sur l’enseignement à domicile que vous avez déposé le 27 mars dernier. Je souhaite ardemment que ma voix puisse se faire entendre ainsi que celle des autres parents-éducateurs et des associations d’apprentissages en famille.

Je suis mère de famille et mon mari et moi enseignons nous-mêmes à nos enfants depuis 7 ans, hors du système scolaire. C’est un projet et une occupation qui nous tiennent grandement à coeur.

Pour moi, l’école-maison est une continuité naturelle de l’éducation, de l’accompagnement et des soins affectueux que nous offrons à nos enfants dès leur naissance. C’est un mode de vie qui dépasse largement les connaissances académiques qui peuvent être acquises entre les murs d’une école. Nous aidons nos enfants à grandir sainement, simplement, en leur donnant les occasions de progresser à tous les points de vue. Nous accomplissons cela principalement par le temps que nous passons avec eux à lire en famille, à jouer avec eux, à discuter, à former leur caractère, à faire ressortir leurs qualités et leur potentiel, à leur faire découvrir les phénomènes qui nous entourent, en les inscrivant à diverses activités sportives et culturelles, en leur laissant le temps libre nécessaire pour créer, élaborer des projets et les mener à terme, en suscitant leur curiosité pour leur milieu de vie, en rencontrant d’autres familles, en favorisant les contacts réguliers avec d’autres enfants et avec leurs grands-parents qui sont très présents, en les accompagnant dans leurs moments plus difficiles, en leur transmettant ce que nous considérons comme essentiel pour devenir des adultes et des citoyens accomplis et épanouis.

Mes enfants jouent du piano et du violon (l’un d’eux étudie au Conservatoire de musique), tous les jours, ils font des activités extérieures et des sports (soccer, vélo, ski, raquette, patin, hockey, natation, randonnée, etc.), ils font du bénévolat sur une ferme maraîchère, des sorties en groupe avec leurs amis, des activités avec les scouts, ils s’impliquent dans notre communauté, ils réalisent des activités artistiques (bricolage, cours de couture, tricot, peinture, création et réparation d’objets), ils font de la cuisine, des jeux de société et des jeux éducatifs, de la programmation de base, ils participent à La grande journée des petits entrepreneurs, ils vont à des camps musicaux et font des concerts, ils vont chaque semaine à la bibliothèque et lisent énormément, ils visitent des musées et des sites culturels, ils font des ateliers de survie en forêt, ils observent et participent à la vie de ferme (culture de légumes, fabrication de sirop d’érable, élevage d’animaux, etc.), ils font des voyages, du camping, ils planifient diverses activités. Je pourrais continuer l’énumération encore longtemps…

Toutes ces réalisations et ces expériences quotidiennes sont autant d’occasions pour eux d’apprendre, de s’instruire et d’accroître leurs compétences dans des domaines variés. Les manuels scolaires, livres, cahiers et programmes que nous utilisons, qui nous viennent surtout de France, de Belgique, des États-Unis ou du Québec, s’ajoutent secondairement au bagage de connaissances que nous leur communiquons.

Comme parents-éducateurs, nous sommes en constante relation avec nos enfants, jour après jour. Nous pouvons aisément évaluer quelles sont leurs forces et leurs difficultés et nous prenons les moyens pour les aider à évoluer le mieux possible, au niveau où ils se trouvent. Nous choisissons avec soin toutes les ressources éducatives que nous utilisons pour chacun d’eux, avec le souci qu’ils se développent le mieux possible et qu’ils acquièrent le sens du travail bien accompli, la persévérance et la rigueur dans toutes leurs réalisations. Notre but ultime est leur plus grande réussite académique, mais surtout, personnelle. Je suis à même de constater que mes enfants sont curieux, motivés, et heureux de la vie qu’ils vivent.

Monsieur Roberge, dans votre nouveau projet de règlement, vous réduisez et restreignez énormément la latitude que nous avons actuellement pour mener à bien le projet de vie que nous avons pour nos enfants. Vous nous obligez à nous conformer à des démarches administratives et à un programme restrictif qui empêchent la personnalisation de l’approche éducative avec nos enfants.

Vous avez dit vous-même, dans votre livre Et si on réinventait l’école?: « Le nivellement par le bas a créé une véritable chaîne de médiocrité dans tout notre système scolaire » (page 23). C’est un « système sans-cœur » où « le bien de l’établissement ou celui de l’enseignant passent parfois bien avant celui de l’élève, un être anonyme trop souvent laissé pour compte dans le dédale de règles et de normes » (page 62).

Vous avez écrit aussi: « Nos écoles sont devenues des boîtiers de montre », un « système en apparence bien rodé, doté d’un tic tac régulier, rassurant », mais dans lequel « on cultive parfois la médiocrité » (page 93).

Est-ce vraiment ce que vous souhaitez pour les enfants instruits en famille, qu’ils entrent dans un système rigide, défaillant à plusieurs égards, démotivant et dépersonnalisé et qu’ils s’y conforment? N’avez-vous pas des rêves plus beaux et plus grands pour eux? Moi, oui. Je peux vous dire que les enfants qui apprennent en famille ne sont pas des enfants négligés, laissés pour compte ou défavorisés. Ils ne sont pas non plus une menace ou un fardeau pour la société, au contraire… Ils sont une richesse et une force pour la société québécoise, de par leur diversité, leur enthousiasme et leur sens de l’initiative.

Les nombreuses heures de consultation en commission parlementaire auxquelles vous avez assisté et participé à l’automne 2017, les multiples témoignages de parents-éducateurs, les études et les rapports présentés par les associations d’école-maison devraient vous avoir démontré que les enfants scolarisés à domicile sont des jeunes qui réussissent avec brio dans les domaines qu’ils choisissent. Ils poursuivent souvent des études supérieures, ils s’adaptent et s’intègrent très bien dans les milieux de travail. Cela, sans compter tous les enfants qui « reviennent à la vie » en étant à la maison, après avoir été écorchés par le système scolaire.

Récemment, vous avez dit en entrevue que vous chérissiez le mandat de « ramener de l’espoir » dans les écoles du Québec. « Beaucoup de profs sont tannés de se battre contre un système. Des profs extraordinaires sont condamnés à l’ordinaire: des profs qui veulent sortir du cadre, de l’horaire, innover et qui sont dans un cadre qui n’est pas flexible. J’appelle ça “Opération libérer le talent” ».

N’est-ce pas exactement ce que les parents qui pratiquent les apprentissages en famille cherchent à faire? Ne souhaitez-vous pas les appuyer et faire équipe avec eux, ces parents passionnés, qui ont le talent, la motivation, l’espoir, qui ne comptent pas leur temps et qui veulent innover dans leur façon d’éduquer leurs enfants?

Vous avez l’occasion aujourd’hui de permettre à ces milliers de familles québécoises de poursuivre leur projet éducatif avec leurs enfants, sans mettre d’obstacles inutiles et néfastes sur leur chemin. Je vous demande donc de ne pas éteindre la flamme de la passion qui anime les familles d’enseignement à domicile, de leur laisser la liberté de leurs choix éducatifs et de faire pleinement confiance aux parents dans leur rôle de premiers éducateurs, puisqu’ils aiment leurs enfants et veulent de tout coeur leur bien-être.

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