Dernier bébé

Toi, ma petite dernière, qui m’en as tant fait vivre, laisse-moi te dire qu’au fond, il y a quelque chose de rassurant à ce que tu sois ma dernière…

Pour beaucoup de mamans, c’est difficile d’accepter que le dernier bébé sera le dernier pour vrai. Je comprends. Avoir un petit bébé endormi sur sa poitrine, sentir son petit corps tout chaud, respirer son odeur de biscuit sucré, avoir un premier sourire, un premier « maman », assister à des premiers pas, c’est magique. Je te promets que tous ces moments sont gravés à jamais dans ma mémoire. Je me souviens comme si c’était hier de ta venue au monde, de t’avoir tenue dans mes bras, ton cordon ombilical encore battant entre nos deux corps. Je n’oublierai jamais la tornade d’émotions dans mon cœur de maman lorsque j’ai découvert avec joie que ma famille se terminait avec une petite fille. 

Mais tu vois, mon amour, des émotions, je pense en avoir assez vécu et il m’en reste assez à vivre pour meubler mon existence. Ton arrivée, tes maladies rares et ton retard de développement font qu’avec toi, j’ai tout vécu soit trop vite ou au ralenti. Les vagues dans mon cœur ont besoin de se calmer. J’ai besoin de temps. J’ai besoin de temps pour moi, pour cultiver des amitiés que la vie m’a fait mettre de côté et pour en alimenter de nouvelles. J’ai besoin de temps pour ton frère et ta sœur. Ils ont été très compréhensifs et le sont encore. Ils acceptent que tu prennes beaucoup de mon temps même si tu as grandi. Mais maintenant, je dois leur donner un peu plus de temps pour qu’ils n’oublient pas que je suis aussi leur maman et que je les aime profondément. Et mon bébé, j’ai encore besoin de temps pour toi, pour que tu rattrapes tes presque trois ans et que tu deviennes une grande fille. Me vois-tu avec un nouveau-né dans les bras? Pas moi…

J’ai rangé tes biberons. J’ai eu un peu mal. Ça m’a aidé de me dire que c’était la dernière fois que ça arrivait. J’ai fait ton lit de grande fille. Mon cœur a serré un peu, mais c’est la dernière fois que je range la bassinette alors mon cœur ne va plus se serrer pour cette raison. J’ai donné tes jouets de bébé. J’étais heureuse de le faire. Ça veut dire que bientôt, tu intégreras joyeusement nos parties de jeux de société. Parfois, quand vous dormez tous les trois, je revisite mes photos de vous lorsque vous étiez endormis au creux de mon bras et je vous trouve vraiment mignons, mais mon envie de le revivre est partie. Maintenant, j’ai envie de vous regarder grandir.

Mon dernier bébé, ma toute petite, tu ne seras jamais une grande sœur. Tu resteras pour toujours ma petite dernière. Toi, avec tous les défis que tu as apportés à notre famille, tu la termines et c’est bien comme ça. Tu nous as offert tellement avec toute ta différence. Tu ne parles pas. Tu es notre spécialiste des câlins. Tu détectes nos émotions. Tu nous aides souvent à mieux les accepter. Tu ne parles pas, mais tu t’exprimes avec tout ton corps. Tu nous rappelles chaque jour que l’amour, c’est une façon d’être bien plus qu’un mot. Je ne pouvais pas demander une expérience plus riche comme dernière maternité. Malgré tout, je pense que c’est assez et je me sens bien à l’idée que l’aventure des bébés soit terminée. Même les belles émotions, lorsqu’elles sont très intenses, font des tempêtes. Je suis un peu fatiguée de toute cette intensité. Et l’intensité, c’est toute ta vie depuis que tu es née, un soir d’orage au plus fort de l’été.

Et si on prenait du temps, mon bébé, pour se regarder, être ensemble, avec ton frère et ta sœur? Et si on s’accordait un moment pour être nous, ce que nous sommes devenus depuis que la famille est finie? On ne se prépare plus pour l’arrivée d’un petit humain. On a le temps maintenant de mieux se retrouver.

Pour épingler sur Pinterest:

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

This blog is kept spam free by WP-SpamFree.