Journée d’Action contre la violence sexuelle faite aux femmes

Tu es rentrée chez toi sur le radar, tu t’es roulée en boule sur ton divan. Les heures ont passé, mais tu n’étais pas vraiment là. Tu voulais sauter dans la douche, frotter ta peau jusqu’à ce que ça fasse mal, pour enlever de sur toi tout ce qui pouvait rester de lui, mais tu tremblais trop. Tu es restée là, dans tes vêtements de la soirée, les yeux dans l’eau, clouée sur place par un mélange de peur, de honte, de dégoût et de rage. Tu tenais ton téléphone tellement fort que tu t’es fait mal, mais tu n’as composé le numéro de personne, de peur de te faire juger. Tu as pleuré jusqu’à ce que tes yeux brûlent. Tu t’es mordu la main pour étouffer un sanglot et tu t’es endormie d’épuisement, avec tes larmes séchées sur tes joues brûlantes.

À ton réveil, tu t’es jetée sous la douche et tu t’es fait mal à force de te laver parce que tu sentais encore ses mains sur toi. Par chance, tu as manqué d’eau chaude. Tu te serais brûlée et lavée encore longtemps, sans jamais te sentir propre.

Ta mère est passée chercher quelque chose que tu lui avais emprunté. Elle t’a reproché ton sourire absent et ton vieux pyjama. Tu as essayé de lui parler, mais tu as frappé un mur. Elle a mis la faute sur ta jupe courte, ton soutien-gorge en dentelle, ton décolleté et ta consommation d’alcool. Elle a crié que si tu pensais que c’était « vraiment un viol », tu n’avais qu’à porter plainte, mais qu’elle en doutait parce que dans une fête, quelqu’un l’aurait remarqué et que, de toute façon, ça ne serait pas arrivé si tu avais moins bu. Tu l’as regardé s’en aller. Tu as encore pleuré. Depuis, tu essaies de toutes tes forces de lui pardonner, mais ses mots t’ont transpercé et c’est comme si tu saignais toujours un peu.

Les années ont passé. Tu n’as plus jamais raconté ton histoire. Tu n’as pas porté plainte non plus. Les mots de ta mère ont frappé trop fort et tu as fini par les croire même si, quelque part au fond de toi, tu le sais qu’elle avait tort et que tu n’as rien fait de mal. Tu as eu peur et aujourd’hui, tu t’en veux chaque fois que tu le croises sur la rue et que tu le vois continuer sa vie comme s’il n’avait rien fait.

Cette histoire, c’est l’histoire de beaucoup trop de femmes. Le silence est le cri de beaucoup trop de victimes de violence sexuelle. Cette mère, c’est la mère de bien des jeunes femmes. Elles ont été éduquées dans la culture du viol. Elles ne savent pas qu’elles ont tort. On leur a appris que les femmes étaient responsables des idées des hommes à leur sujet, qu’il ne fallait pas susciter leurs envies. Elles y croient, malheureusement…

Toi, la maman moderne qui me lit et qui se dit que ça n’a pas de sens, que tu ne peux pas élever tes enfants comme ça, que feras-tu aujourd’hui pour que ça s’arrête? Le troisième vendredi de septembre, c’est la journée d’action contre la violence sexuelle faite aux femmes. Je viens probablement de te l’apprendre. C’est bien. Je ne le savais pas non plus avant qu’on m’en parle à l’université. J’ai vérifié un peu partout. Il ne se passe rien de spécial ce jour-là. Personnellement, je suis assez à l’aise avec ça. Les victimes ont rarement envie de parler. Ça, ça me dérange davantage. Parce que même si c’est un sujet difficile, même si ça écorche le cœur d’en parler, la honte et la peur ne devraient pas être une raison de se taire. Et toi, la maman moderne, même si, à toi seule, tu ne changeras pas le monde, tu peux être cette personne devant qui il n’est pas nécessaire de se taire. Juste ça, ça peut changer la vie d’une personne.

Voici une petite liste de ce que tu ne feras pas…

  • Lui demander ce qu’elle portait ce jour-là

Non, juste non! On s’en fiche de ce qu’elle avait sur le dos. Ce n’est pas la raison de l’agression.

  • Mettre une distance physique entre vous, si tu n’en as pas l’habitude.

Si c’est son choix, bien sûr que tu le respectes, mais si tu as l’habitude de la prendre dans tes bras, fais-le. Si c’est un événement très récent, vas-y doucement. Elle a peut-être des blessures physiques.

  • Lui annoncer que tu l’amènes porter plainte

Même si on sait toutes qu’il faudrait que chaque victime le fasse, c’est non. Quelqu’un l’a déjà forcé à faire quelque chose dont elle n’avait pas envie et c’est ce qu’elle est venue te raconter. Tu peux lui dire que si elle décide de porter plainte, tu seras à ses côtés, mais la décision lui revient.

  • Te fâcher

Reste calme. Elle est déjà pleine d’émotions douloureuses. Ne lui demande pas d’accepter ta colère en plus.

  • Forcer son récit ou passer des commentaires

Elle n’a pas à tout te dire. C’est son histoire et elle en partage ce qu’elle veut. Tu n’es pas là pour faire l’autopsie de son agression ou donner ton avis sur chacun de ses gestes. Elle t’a choisie pour l’écouter. Montre-lui qu’elle a eu raison de penser que tu étais la bonne personne pour recevoir ses confidences.

  • Répondre « oui » à la fameuse question « Est-ce que c’est de ma faute? »

Tu diras non. Il n’y a aucune autre bonne réponse. Les agressions sont causées par les agresseurs, pas par les victimes. Elle n’a rien fait de mal. Même si sa jupe était courte et qu’elle avait bu.

Comme maman, tu peux faire tellement plus que ça sans même sortir de chez toi. Tu peux apprendre à tes enfants la valeur du consentement, le leur et celui des autres. Tu peux leur apprendre l’écoute attentive, dans la fratrie et avec les amis. Apprendre à tes enfants que toutes leurs émotions sont légitimes et qu’il y a des moyens pour les calmer sans se blesser ou blesser les autres, ça peut faire une différence énorme dans leur façon de se percevoir et d’être avec les autres. Pour casser le cycle de la violence sexuelle faite aux femmes, ou de la violence tout court, il suffit de mamans comme toi, qui apprennent à leurs enfants à se respecter et à respecter les gens avec qui ils entrent en relation.

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