Cette mère faite de petites histoires

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Il faut qu’on parle de la « mère parfaite »… Cette mère qui te dérange, qui te fait sentir un peu moins cool quand tes enfants te parlent de ce qu’elle fait pour ses enfants et que toi, tu ne fais pas. Tu sais que tu es probablement la « mère parfaite » de quelqu’un d’autre et qu’au fond, cette mère n’existe pas ? Tu as bâti, avec des observations incomplètes, une mère que personne ne peut être.

« Maman, mon amie Clara, elle a des sandwichs en forme de casse-tête dans ses lunchs. »
Dans sa cuisine, Josée se demande pourquoi la mère de Clara se donne tout ce trouble. Qu’est-ce qui la motive à faire ça ? Josée ne connaît pas Clara, mais elle connaît bien sa petite Anne et elle sait qu’elle n’aurait pas assez de sa boîte de jus pour arriver à manger sa sandwich sans s’étouffer avec le pain. Josée a acheté un thermos à Anne pour qu’elle mange des plats en sauce. S’étouffer devant les amis, ce serait désagréable pour Anne. Josée est une bonne maman. Elle fait ce qu’il faut pour que sa fille passe de belles journées sans que personne ne doive lui rappeler de boire davantage, de mâcher un peu plus… Anne a huit ans et son autonomie est importante.

« Maman, pour la photo d’école, Théo avait un chandail de dinosaures. C’est sa mère qui fait presque tous ses vêtements. »
Des vêtements, ils en vendent au magasin et la couture, ce n’est pas pour Mélanie. Depuis que son Fabrice a commencé le hockey et sa Léonie, la ringuette, elle et son conjoint organisent leurs horaires pour que chaque enfant puisse toujours avoir un parent pour son activité. Les jumeaux n’ont jamais manqué une pratique ou voyagé avec une autre famille. Pour Mélanie et son conjoint, il est essentiel que leurs enfants se sentent soutenus dans leurs sports. Ils sont là pour eux, avec eux, peu importe les réveils trop tôt la fin de semaine.

« Maman, tu sais, mon amie Laurie, elle va au parc tous les soirs avec sa mère. »
Fanny, c’est la maman aux sandwichs en forme de casse-tête. Elle n’ira pas au parc ce soir avec Clara. Avec la chimiothérapie, l’énergie n’y est pas. Le papa de Clara a pris un deuxième emploi pour que Fanny se repose davantage. Le pronostic est encourageant, mais les prochains mois seront difficiles. Pour ensoleiller les journées de Clara, Fanny lui fait des lunchs magiques avec des sandwichs à l’emporte-pièce et des œufs durs aux formes variées. Clara est ravie et Fanny a la certitude que sa fille se sent spéciale, même avec une maman malade et un papa qui travaille trop.

Ce qu’un parent sait de ce que font les autres parents, c’est ce que disent leurs enfants ou ce qui est affiché sur les réseaux sociaux. On voit de jolies photos de mères fières du résultat du match ou de pères présents en train d’expliquer à une fillette triste qu’elle n’est pas à elle seule responsable de l’issue de la partie et qu’elle aura quand même de la pizza pour dîner. On voit des recettes intéressantes, des photos qui donnent faim…

Chaque famille est différente et a un langage d’amour différent. Chaque enfant devrait se sentir spécial, unique, choyé et les parents devraient être libres de choisir comment exprimer à leurs enfants qu’ils sont importants pour eux, uniques et aimés. Il n’y a aucun mal à passer tous ses week-ends à l’aréna, à coudre tous les vêtements de ses enfants, à faire des lunchs créatifs ou à juste être là, tous les jours, à essayer au mieux que les choses se passent bien malgré les difficultés.

Depuis quelques années, chaque mère qui en fait plus qu’une autre dans une certaine sphère se mérite le titre très peu honorable de « mère parfaite ». Mais pourquoi ? Parce que les lunchs, ça se voit. Parce que la présence aux activités, ça se remarque. Parce que les vêtements uniques, ça attire l’œil.

On ne voit pas la salle de lavage encombrée de vêtements propres à plier qui finiront probablement par être portés un peu fripés. On ne voit pas la maladie ou la douleur qui empêche un parent de jouer dehors. On ne voit pas les repas achetés chez le traiteur toutes les semaines ou la sauce à spaghetti en pot qui occupe toute une tablette du garde-manger.

Est-ce que tes enfants vont bien ? Tu les aimes profondément et tu t’assures qu’ils le sachent, qu’ils le sentent ? Tu les vois sourire ? S’épanouir un peu tous les jours ? Tu le sens dans tes tripes que tu fais ce qu’il faut pour ta famille ? Continue. Tu réponds à une de ces questions négativement ? Change quelque chose. Mais c’est à toi de choisir quoi, pas à ta voisine qui fait de la salade de pâtes rose ou à ta cousine qui joue à un jeu de société tous les soirs avec son fils. Ce sont tes enfants et la vie que vous vivez est la vôtre. Si tu as fait les bons choix, ce que font les autres, ça change quoi pour toi ? Si ta famille sent le bonheur à plein nez, il n’y a pas de raisons pour que la façon d’être heureux des autres te dérange. Même si ce n’est pas ta façon. Même si tu ne comprends pas comment c’est possible. Tu es peut-être l’étrange exemple d’une autre mère. Personne ne va te le dire.

Autrice de l’article : May Nadeau

May Nadeau
Maman homeschooler de trois enfants un peu sauvages, May a élu domicile dans une petite ville du nord de Lanaudière. Adepte de portage et passionnée de crochet, c'est entre ses enfants, ses livres et son jardin qu'elle a trouvé son bonheur.

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