Apprivoiser le deuil

Partagez!

S’il y a bien une chose qui ne changera jamais, peu importe les circonstances, c’est le fait que je suis l’enfant de ma mère et de mon père. Même s’ils ne sont plus vivants, je suis et serai toujours leur enfant. Je dis bien l‘enfant de même si je suis une adulte depuis des décennies, car aux yeux de nos parents nous sommes toujours leur bébé malgré tout.

Lorsque j’étais jeune, je considérais mes parents comme des héros, j’avais l’impression qu’ils savaient tout, toi aussi nest-ce pas ? Ensuite à l’âge ingrat de l’adolescence, j’ai fait comme les autres et je me suis distanciée d’eux parce que je croyais avoir compris le sens de la vie et que je me croyais autonome. Nous les repoussons inconsciemment afin de nous prouver à nous-mêmes mais bien souvent nous revenons quelques années plus tard avec une perception beaucoup plus réaliste de la vie. Aujourd’hui je comprends que cette phase de quête d’identité faisait partie de mon  processus pour réaliser la place qu’ils devaient avoir, un peu comme un retour aux sources. Ils sont la fondation de ma personne après tout.

Je suis l’aînée d’une famille de 4 enfants. Être la plus vieille avait son lot de responsabilités parce que je devais donner l’exemple aux plus jeunes, j’ai été le premier canevas de ma fratrie. Du mieux qu’ils ont pu, ils ont expérimenté leurs aptitudes de parents et nous ont bien élevés. C’est grâce à eux si j’ai les valeurs qui me sont précieuses aujourd’hui.

Mon père est un homme avec une intelligence vive, curieux de voyages et de sports (un sportif de salon). Il était souvent en retrait de la famille, mais jamais trop loin pour ne pas avoir entendu chaque parole et vu chaque geste. Son calme était désarmant et sa sensibilité trahissait un cœur douillet. Il est presque parti en silence. Souffrant seul, ne dérangeant personne. Il gardait le secret d’un cancer mais un jour sous l’effet des médicaments, les drogues ont dévoilé ce grand mal qui le rongeait depuis longtemps…

Vers la fin, papa avait eu la permission spéciale d’aller passer la fin de semaine à la maison. Un lit d’hôpital avait été monté spécialement pour son confort. Maman m’avait raconté qu’un dimanche matin elle s’était glissée à ses côtés en cuillère. Son bras entourant le corps de l’homme qu’elle aimait depuis ses tendres 17 ans. Sans un mot, ils partageaient des mots d’amour, c’était un moment protégé du monde extérieur. Peu de temps après, quelqu’un sonna à la porte et mit fin à ce moment inestimable. Elle aurait tant voulu que le monde s’arrête pour vivre ce moment sans fin. De retour à l’hôpital, il est décédé peu de temps après, entouré de ma mère et de ses enfants.

Maman a terriblement souffert d’ennui suite à son départ. Après avoir partagé sa vie avec lui pendant plus de cinquante ans, ce n’était pas qu’une expression lorsqu’elle disait  » je ne peux vivre sans toi » . Ma mère était une épouse dévouée qui avait toujours été à ses côtés et encore à ce jour, je ne connais pas de plus grand amour que le leur.

Les mois se sont écoulés et son goût de vivre s’évaporait. J’avais peur alors je ne voulais plus la laisser seule, son regard triste me brisait le cœur. Je lui avais proposé de venir vivre avec nous, nous étions prêts à faire le nécessaire pour la rendre confortable et qu’elle ait quand même son intimité. Maman était une petite femme très simple, un petit rien lui faisait plaisir mais par peur de déranger, elle refusait.

J’avais une relation privilégiée avec elle parce qu’elle n’était pas seulement ma mère, mais aussi une amie. Un samedi matin vers 10 heures, nous nous étions jasé à l’ordinateur. C’était une habitude que nous avions elle et moi, un p’tit moment à prendre notre café ensemble virtuellement. Nous avions convenu que nous irions la rejoindre vers midi, car une de ses sœurs était décédée et c’était le jour des funérailles. À peine quelques minutes après lui avoir dit bye pour que l’on puissent se préparer, j’ai reçu l’appel d’une de mes sœurs en panique. Elle me disait qu’elle parlait avec ma mère quand celle-ci semblait avoir eu un malaise, que son langage était incompréhensible et qu’elle semblait avoir tombé. La terre s’est arrêtée de tourner ce jour-là, je ne sais pas si la sensation peut s’expliquer, mais je ne ressentais plus rien. Après avoir appelé les ambulanciers, nous nous sommes rendus rapidement à l’hôpital et c’est à partir de ce moment-là que j’ai commencé à la sentir s’éloigner de moi et de la vie.

Certains souvenirs sont réconfortants mais d’autres me perturbent encore, comme celui  je peux me revoir assise sur le bout du lit alors qu’elle était semi-assise. Je peux voir la scène et l’entendre encore. Son regard au loin, sur un ton neutre et sans émotion me dire ‘je vais mourir’. Mes yeux se remplissent chaque fois que ce souvenir revient. On ne peut jamais être préparé à recevoir ce type de confidence venant de nos parents. Ma mère a quitté ce monde seule, et dans un lit froid d’hôpital mais au moins, ma p’tite maman est partie rejoindre papa. L’homme de sa vie. Il y a un côté de moi qui est rassurée de penser qu’elle est de nouveau heureuse, mais mon cœur égoïste pleure encore de la perte de sa présence physique dans mon quotidien. Je pense à eux très souvent, je leur parle et je sais qu’ils m’écoutent. Je suis encore leur enfant et le serai toujours.

Le deuil ne s’arrête jamais, mais je le sais que c’est un passage et non un endroit demeurer. Je perçois le deuil comme le prix à payer pour avoir aimé mais ce n’est pas un signe de faiblesse pour autant même si nous nous sentons plus vulnérables par moment.

 

Comment avez-vous vécu le deuil d’une personne significative ?

Autrice de l’article : Céline O'Reilly

Céline O'Reilly
Femme mature, magique et sensible qui permet à son enfant intérieur de prendre place à ses cotés aussi souvent qu'elle en a de besoin.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *