Les lettres – À toi qui veut tellement être maman…

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Les gens font l’amour depuis toujours pour fonder une famille. Des fois, c’est planifié, mais la plupart du temps, c’est la faute du désir et du bon vin. L’amour et l’envie de l’autre ont fabriqué l’humanité. Pourquoi, pour toi, pour vous, c’est si compliqué ?

Tout ce que vous voulez, c’est un bébé. Un peu de toi, un peu de lui, un petit humain au souffle doux qui vivrait d’un peu de vous. Tu regardes tes amies, ta sœur, tes cousines, tomber enceintes les unes après les autres, sans l’avoir demandé, se questionner, ou même, se faire avorter… Tu veux vraiment les respecter, ne pas les juger, mais ton utérus vide et tes larmes chaque mois te rendent cette tâche très difficile. Tu as porté la vie une fois. Tu ne l’as pas porté assez longtemps pour la partager. Tu l’as porté juste assez longtemps pour la sentir un peu. Tu n’as pas compris tout de suite pourquoi ta voix était plus douce. Tu as expliqué ta fatigue par ta plus grande charge de travail. Tes seins étaient plus gros, mais tu pensais que ce n’était que ton cycle. Tu as fait un test quand tu as eu du retard. La deuxième ligne était claire, rouge, parfaite. Tu as pleuré en la montrant à ton amoureux. C’était votre secret. Vous aviez choisi de vivre ça tous les deux jusqu’à ce que ton ventre devienne impossible à cacher. Vous vouliez ces moments à vous, ce bonheur secret d’une petite poussière de vie vous appartenait. Vous l’avez savouré à coup de jus vert et de biscuits qui goûtent la santé, parce que cet enfant, il aurait droit au meilleur, à la verdure et aux vitamines, à toutes les couleurs de l’arc-en-ciel dans ton assiette et ensuite dans la sienne. Tu savais déjà que tu ne tiendrais pas neuf mois, mais à ce moment-là, tu étais prête à abandonner la poutine, le café et tes pâtisseries préférées. Vous avez eu quelques jours d’amour, tous les trois, toi, lui et ce trésor caché. Puis le sang est arrivé. Juste un peu, assez pour te faire peur. Tu as pleuré à en inonder ton oreiller quand tu as vu que ça ne s’arrêtait pas. Tu n’as parlé à personne. Tu ne voulais pas entendre ce que les autres avaient à dire. Cette poussière de vie, tu voulais la laisser partir de la même façon que tu l’avais accueilli, seule avec celui qui l’avait déposé au creux de toi. Depuis, ton ventre est vide. Tu espères chaque fois que tu sens ton utérus tirer. Tu as une collection de tests de grossesse parce que tu ne sais pas lesquels sont les plus précis. Tu en fais plusieurs tous les mois, juste pour revivre l’attente du résultat. Parce que tu ne comprends plus ton corps, tu laisses des médecins explorer toutes tes coutures. Tu manques le travail, tu as mal en silence, tu pleures de peur dans l’attente d’enfin savoir. Ta famille te parle de ton poids, de ce que tu manges, de ton amoureux qui est sûrement le problème parce que toutes tes cousines tombent facilement enceintes. Tu enrages en silence. Tu te dis qu’ils ne savent pas, qu’ils ne peuvent pas comprendre ce que tu vis. Chaque fois que tu les vois, tu te dis que tu devrais les voir un peu moins. Je veux que tu saches que tu as eu raison… Tu as eu raison de garder ton début de grossesse secret. Tu as eu raison de garder tes larmes entre vous quand ta petite étoile s’est envolée. Tu aurais eu raison si tu avais fait le contraire. Tu aurais eu raison, peu importe tes choix. N’en doute pas. Ton choix de passer des tests médicaux pour savoir pourquoi tes entrailles te refusent le droit de porter la vie est le bon. Tu aurais fait le bon choix si tu avais catégoriquement refusé de combattre la nature. Tu fais toujours le bon choix. Tu fais tes choix. Ta réaction est la bonne. Quand tu rappelles à ton père que ton poids ne le regarde pas, que tu lui demandes de changer de sujet s’il ne veut pas te voir partir avant le dessert, tu as la bonne réaction. Ton amoureux a la bonne réaction quand il décide, pour te protéger, de planifier une fin de semaine juste à vous sans tenir compte de l’anniversaire de ta cousine, nouvellement maman pour la troisième fois. Il se sent plus fort pour toi lorsqu’un nouveau-né ne capte pas toute l’attention. Il prend aussi la bonne décision lorsqu’il t’amène bercer ce nouveau-né pour permettre à la nouvelle maman de dormir un peu. Il en a besoin pour continuer de t’imaginer bercer le vôtre, mais ne veut pas recevoir de commentaires ou de questions sur le fait que vous n’êtes pas encore parents. Il fait ce qu’il peut, tout comme toi.

Je veux que tu saches que même quand tu doutes, tu prends la bonne décision. Même quand tu exploses, tu as la bonne réaction. Même quand ton amoureux ne sait plus quoi faire, il fait au mieux. Il n’y a ni bonne ni mauvaise façon de vivre ce qui vous arrive. Il y a votre façon de le vivre et c’est à vous qu’elle doit convenir.

Je veux que tu saches que de prendre soin de toi n’a rien d’égoïste. Même si tes parents ont hâte d’être grands-parents, quand tu pleures sur la ligne rouge qui n’apparaît pas, que ton amoureux regarde tes yeux se mouiller sans savoir quoi faire pour te consoler, les seuls sentiments qui importent sont les vôtres. Le reste du monde peut vous attendre.

Je voudrais que tu saches que c’est ta vie, ton corps et que c’est toi qui décides. C’est avec ton amoureux que tu as choisi de faire un bébé. C’est avec lui que tu décideras chaque mois si ça continue. Malgré toute l’importance que tu accordes à la relation avec ta mère, ta sœur, ton amie, ce choix ne leur appartient pas. Elles n’ont pas le droit de te mettre de la pression dans un sens ou dans l’autre.

Je te souhaite un bébé, un peu de toi, un peu de lui, un mélange de vous deux et de beaucoup de hasard. Je vous souhaite cette boule d’amour et de vie. Mais par-dessus tout, je vous souhaite à tous les deux de vous aimer de plus en plus fort, peu importe comment se continuera votre histoire.

Autrice de l’article : May Nadeau

May Nadeau
Maman homeschooler de trois enfants un peu sauvages, May a élu domicile dans une petite ville du nord de Lanaudière. Adepte de portage et passionnée de crochet, c'est entre ses enfants, ses livres et son jardin qu'elle a trouvé son bonheur.

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