Les lettres – À toi, la maman qui vient de vivre un enfantement difficile…

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Tu te préparais depuis des mois. Ce que tu voulais, c’était qu’il arrive doucement, qu’il glisse hors de toi jusqu’aux mains de son papa. Tu voyais ton amoureux déposer votre fils sur ton ventre un peu mou. C’est en regardant son petit visage fripé que vous aviez prévu choisir entre les deux prénoms qui vous faisaient hésiter.

Le fameux jour est arrivé un peu trop vite. C’est un pincement au bas du ventre qui t’as réveillée. Puis, tu as cru perdre tes eaux, un peu. Ça n’avait rien du déluge auquel tu t’attendais. Tu t’es assise sur ton lit et la peur t’as prise d’assaut. C’était du sang sur ton drap…

Tes souvenirs douloureux te donnent l’impression d’avoir fait un cauchemar. Tu ne sais plus trop dans quel ordre les choses se sont passées. Entre ton départ pour l’hôpital et le moment où on t’a pratiquement ordonné de pousser de toutes tes forces pour que ton fils reste en vie, tu te souviens seulement d’avoir eu mal. Tu n’as même pas eu le temps de paniquer.

“Il a les cheveux noirs de son papa.”

On ne t’a rien dit d’autre avant de l’amener loin de tes bras. Tu as l’impression de t’être endormie. La suite est floue. Tu ne sais pas combien d’heures se sont écoulées. On t’a dit que tu avais beaucoup saigné.

Lorsqu’une infirmière arrive avec le petit être que tu viens de mettre au monde, c’est ton amoureux qui le dépose sur toi. Quelque chose ne fonctionne pas. Tu l’aimes de tout ton coeur, mais tu te sens brisée d’une façon qui t’était inconnue…

Tu as le droit.

Tu peux aimer ton fils comme tu n’aurais jamais cru possible et être triste de la façon dont il est né. Donne toi le droit d’ignorer les gens qui minimisent la douleur de ton expérience. Tu as le droit de refuser de l’expliquer.

T’accorder le temps qu’il faut pour guérir et le droit d’exprimer ta déception est un comportement sain. Souviens-toi que c’est la naissance de ton bébé qui t’a fait mal, pas lui. Ça ne réduit en rien l’amour que tu lui portes. Ne laisse personne te dire le contraire. Ton amoureux peut être en charge d’éloigner les gens qui nuisent à ta guérison.

Tu es importante.

Aucun enfant ne peut naître sans le ventre d’une femme pour le porter vers la vie. Tu as déjà trop entendu les gens dire que l’important, c’est un bébé en santé. Bien sûr que c’est important. Personne n’en doute. On vous l’a tellement dit que même ton amoureux n’a plus la patience d’écouter.

Ce que les gens oublient trop souvent, c’est que tu es importante aussi. Ton vécu, ton chemin vers la maternité et toutes les émotions que tu as vécu ont leur importance. Quelque chose a fait que les premiers moments de la vie de ton fils se sont déroulés sans toi. N’hésites pas à t’entourer de gens qui prennent soin de toi et qui respectent tes larmes.

Une belle histoire quand même.

Lorsque j’attendais mon fils, je suis allée à une rencontre de groupe à la maison de naissance. La sage-femme, s’adressant aux futurs papas, a dit “Vous ne verrez jamais votre conjointe aussi belle et aussi forte que le jour où elle donnera naissance à votre enfant.” Elle n’a jamais précisé où ou comment… Il n’y a pas de réponses à ces questions. Les femmes sont belles et fortes lorsqu’elles donnent naissance. Peu importe comment elles le font ou l’endroit où ça se produit.

Et si tu demandais à ton amoureux de te raconter la venue au monde de votre petit? Juste vous deux, confortablement installés dans votre lit, la lumière tamisée, il pourrait en retirer tous les moments d’angoisse, les interventions difficiles. Tu pourrais l’écouter te dire à quel point tu étais forte et belle quand, de tes dernières réserves d’énergie, tu as expulsé votre fils, de ton ventre à votre monde. Laisse-le te raconter le bonheur de rencontrer l’humain que vous avez créé et qui a habité ton ventre en attendant le moment de trouver vos bras.

Tu mérites une belle histoire pour la naissance de ton bébé. Celle que pourra te raconter ton amoureux ne sera pas moins réelle parce qu’il en manque quelques morceaux, une fois, le temps que tu saches que tu as été une vraie guerrière pour la venue au monde de votre bébé.

Autrice de l’article : May Nadeau

May Nadeau
Maman homeschooler de trois enfants un peu sauvages, May a élu domicile dans une petite ville du nord de Lanaudière. Adepte de portage et passionnée de crochet, c'est entre ses enfants, ses livres et son jardin qu'elle a trouvé son bonheur.

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