Il était une fois

Partagez!

Je suis née pendant l’hiver 1982, je crois… J’ai vu le jour prématurément, c’est ce qu’on m’a raconté. Tout ça s’est possiblement produit dans un hôpital qui n’existe plus depuis longtemps…

J’ai grandi en me faisant raconter que je tenais les reflets roux de mes cheveux et le vert de mes yeux de mes ancêtres irlandais. J’aimais l’histoire de mon arrière-arrière-grand-mère arrivée par bateau avec sa famille pour survivre à la famine. Elle s’était mariée à un homme du Saguenay Lac-Saint-Jean. Le couple avait fondé une famille, pas très nombreuse pour l’époque, mais n’avait, semble-t-il, perdu aucun enfant. Sans trop comprendre pourquoi puisque je n’ai rien à y voir, j’étais fière de mon histoire. Elle me faisait me sentir solide, forte des gènes de ces gens qui avaient, bien avant ma naissance, participé à modeler un peu mes traits.

Comme je suis une passionnée d’histoire et de généalogie, j’ai commencé il y a longtemps à chercher des traces de mon histoire. J’ai rapidement apprivoisé internet pour cette raison. Étrangement, je n’ai rien trouvé plus loin que mon grand-père avec les informations que je possédais. L’histoire de ma famille maternelle semblait commencer avec mes grands-parents.

Avec de l’aide, après la naissance de ma fille atteinte de tyrosinémie, j’ai fini par découvrir la famille de mon grand-père. Personne ne vient d’Irlande et personne n’a eu le cœur brisé par un départ de ce pays pour fuir la famine. Du moins, pas parmi mes ancêtres. Quand j’ai commencé à creuser, et surtout, à ne trouver aucune trace des histoires qui avaient fait partie de mon enfance, je croyais que ça me briserait. J’étais vraiment anxieuse. L’histoire que je connaissais et que j’aimais perdait peu à peu sa réalité. Je dois avouer que j’avais peur de me perdre en perdant les racines que j’avais cru miennes.

Ayant coupé les liens avec ma famille pour des raison personnelles, j’avais besoin d’une histoire, de mon histoire. Pour moi, pouvoir dire à mes enfants d’où viennent nos racines, dans quel endroit ont vécu ceux qui nous ont précédé, c’est important. J’ai découvert des histoires simples, des mariages, des seconds mariages. Les archives rapportent des naissances plus nombreuses que ce qu’on m’avait raconté et des enfants envolés avant leurs premier anniversaire. J’ai des ancêtres ordinaires qui ont vécu de façon normale pour leur époque. Il n’y a rien d’extraordinaire autre que des gens qui ont un peu laissé leur trace sur Terre.

Alors que d’autres cherchent les histoires folles, ma lignée tout à fait ordinaire, issue d’un petit village qui n’a rien de spécial m’a rassurée. Je ne suis pas issue de déchirures, de guerres, de fuites et de rage. Mon arrivée au monde est le résultat d’unions qui ont eu lieu ici, au Québec, de vies calmes faites du quotidien et de ses surprises. Sans comprendre pourquoi, je me sens plus calme. Ça me rend heureuse.

J’ai pu montrer à mes enfants des photos du village de nos ancêtres aujourd’hui et certaines archives. J’aime ce genre de temps en famille où on a un peu l’impression de sentir le temps remonter sous nos yeux. Pour moi, c’est un peu de la magie. Je me sens plus grande en sachant d’où je viens. Pouvoir transmettre ce savoir à mes enfants m’émerveille. Ça me donne l’impression de leur offrir quelque chose d’unique, des moments passés qui font un peu parti d’eux.

Et toi, ton histoire? Tu sais d’où tu viens? Quelle importance ça a pour toi?

Autrice de l’article : May Nadeau

May Nadeau
Maman homeschooler de trois enfants un peu sauvages, May a élu domicile dans une petite ville du nord de Lanaudière. Adepte de portage et passionnée de crochet, c'est entre ses enfants, ses livres et son jardin qu'elle a trouvé son bonheur.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *